Il était une fois un pauvre monsieur qui vivait dans le bois de Vincennes. Il avait froid, car sa maison n'était qu'une petite tente en plastique. Question à 20 centimes d'euro : vaut-il mieux mourir gelé comme un tout seul, mais libre, ou être forcé de se laisser « aider »… par la justice ? Mon coeur balance.
"Je vais lancer une réflexion pour voir si on ne pourrait pas rendre obligatoire l'hébergement des personnes sans-abri quand la température devient trop froide en France". Voici le message de Christine Boutin à la sortie du conseil des ministres le 26 novembre après la mort d'un 3e SDF dans le bois de Vincennes. En son temps, l'appel de l'abbé Pierre avait tout de même plus de classe. L'hiver 54, une femme était morte de froid dans la rue et le jeune prêtre émouvait la France par ces mots : "Toi qui souffres, qui que tu sois, entre, dors, mange, reprends espoir, ici on t'aime". Aujourd'hui on n'aime plus, on réfléchit et on oblige.
Aujourd'hui, on punit aussi ceux qui tentent maladroitement de secourir les plus pauvres. Le DAL (Droit au Logement) vient de se prendre une bonne amende de 12.000 euros au tribunal de police. Son crime, avoir à plus de 300 reprises commis une infraction de 4e catégorie en ayant « embarrassé la voie publique en y laissant des objets ». Les tentes abritants des familles de mal logés rue de la banque entre octobre et décembre 2007 devaient gêner le ministère public. Les Enfants de Don Quichotte, eux, se sont vus (simplement !) confisquer leurs tentes pour leur action du canal Saint Martin. Tous ces voyous des associations encombraient les trottoirs et dérangeaient les riverains avec leur campement moche. La misère n'est pas esthétique et doit rester cachée.
« Un équilibre de bon sens »
En un mois, 3 morts de froid rien que dans le bois de Vincennes et 6 en tout sur la région Ile de France. Plus de 200 déjà cette année sur toute la France. Comme chaque hiver, les médias relaient ce décompte mortel des SDF et les politiques prennent acte des trémolos dans la voix. On se sent solidaire, on cherche des solutions. Puis arrive le printemps et comme la misère est moins pénible au soleil, on attendra l'hiver prochain.
Cette année pourtant, il y a une différence. C'est l'année où, selon le Président Nicolas Sarkozy, plus personne ne devrait dormir dehors (c'était en tout cas une des promesses du candidat à la présidentielle en 2006, voir la vidéo). C'est aussi l'année où doit se mettre en place le Droit au logement opposable (DALO).
Pourtant, ce qu'on retient en cette période glacée c'est la polémique gênante sur l'hébergement obligatoire des SDF, lancée par le ministre au logement et à la ville Christine Boutin. Lors d'un déplacement à Meaux (Seine et Marne), le Président a d'ailleurs pris position en rappelant qu'"il y a un équilibre de bon sens à trouver entre les intégristes de la liberté et de la mise d'office en centre d'urgence". Le temps de réflexion nécessaire risquant d'être long, le réchauffement climatique est peut-être une bonne chose.
Pruine
Pour le passé :
Pour l'avenir :
Après Grenoble, Marseille ou Montpellier, la campagne « DALO : un Toit c'est un Droit » organisée par le Secours Catholique et la Fondation Abbé Pierre avec la participation des Enfants de Don Quichotte se poursuit. Le bus sera à Paris : Dimanche 30 novembre, de 11 à 18 heures, Quai de l'Archevêché (chevet de Notre Dame). Il circulera ensuite en Ile-de-France les 1er et 2 décembre.