Surnommé « le bouffon » par une bonne partie de la presse européenne, Berlusconi a cette faculté peu commune d'accumuler un nombre incroyable de casseroles tout en étant adoré par les italiens. Et si son secret était aussi simple que les raisons du succès de « Plus belle la vie » ?
Le mois de décembre fut faste pour le président du conseil italien. Après une accolade virile avec une statuette gentiment lancée par un déséquilibré mental et une manifestation de centaines de milliers de personnes contre lui, le président du conseil pourrait s'inquiéter.
Oui, mais en fait non. Malgré les images de nymphettes mineures faisant des câlins à des vieux messieurs dans sa villa et malgré l'affaire de corruption « David Mills » (600 000 euros à son ancien avocat pour qu'il la ferme pendant un procès le mettant en cause) Silvio Berlusconi n'a jamais été aussi populaire. Pourquoi ?
Il est crédible politiquement
Entendons-nous sur un point : Tous les Italiens ne sont pas fanas de Silvio. Mais une grande majorité l'adore. En bon populiste, le président du conseil compte sur une base traditionnaliste, ancrée à droite, plutôt catholique et libérale. Lors de son retour au pouvoir en 2008, il a aussi séduit les électeurs avec un discours dur et réaliste sur l'avenir du pays. Il faut dire que l'Italie accumulait les tares avec une croissance négative et les salaires les plus bas d'Europe. Avec son image d'homme fort et riche, il s'octroie une vraie crédibilité politique à laquelle s'ajoute un contexte électoral favorisé par sa coalition avec Forza Italia et la droite de l'Alliance Nationale.
Il n'a pas d'adversaire à sa taille
En Italie, la gauche est encore plus mal en point qu'en France. D'après Jean-Louis Briquet, spécialiste de l'Italie au CERI/Sciences Po interviewé par l'Express, l'opposition n'a pas de leadership clair et n'arrive pas à s'accorder sur la lutte anti-Berlusconi. Certains ne veulent pas l'attaquer sur ses ennuis judiciaires, tandis que d'autres pensent au contraire qu'il faut mettre en avant les affaires de corruption et de collusion avec la mafia. Alors que les régionales arrivent pour le début de l'année prochaine, la gauche italienne n'a pas vraiment d'angle d'attaque. La preuve, la manifestation du premier week-end de décembre était l'œuvre de blogueurs, pas d'hommes politiques.
Les Italiens n'ont pas le même sens de l'Etat que les français
La grande différence entre les Italiens et les Français réside dans la perception de l'Etat. comme l'indique le sociologue Franco Ferrarotti sur le site le soir.be « [en Italie] il n'y a pas d'idée de la fonction publique comme telle. Le pouvoir est fait pour favoriser la famille. » Berlusconi l'a bien compris et se fait le champion d'une Italie néolibérale où tous ceux qui critiquent son pouvoir (presse, justice ou même opposition politique) sont taxés de communistes. Conséquence : les frasques de Silvio ne passeraient pas en France mais en Italie ça n'est pas si grave que ça.
Il est un symbole de réussite
Berlusconi est un homme d'affaires avant d'être un homme d'Etat. Il est à la tête de l'empire médiatique Mediaset et règne sur le paysage audiovisuel de son pays. Il est propriétaire du Milan AC et l'une des plus grosses fortunes d'Italie. De quoi impressionner les Italiens avec cette image de « winner » toujours bronzé et sans aucune ride. Et oui l'Italie aime les « grands hommes » qui se sont fait tout seuls. Ajoutez à cela une touche de sexe, de machisme et de phrases chocs et vous obtenez un vrai personnage de soap opera comme JR dans Dallas.
Il est un martyr
Un coup de statuette dans la tronche et c'est le monde entier qui a l'impression d'avoir perdu deux dents. Et oui cet acte un brin idiot (ne pas oublier que l'auteur est un malade mental, hein) va propulser Silvio Berlusconi au rang de grand martyr devant l'éternel, qui affronte le regard des caméras, la bouche en sang. Il le faisait déjà devant la justice en dénonçant un « acharnement juridico-communiste » et finalement il a compris que plus on lui tape sur la gueule, plus on l'aime.
Il maîtrise les médias
C'est la dernière explication et non des moindres. Si JR n'est rien sans Dallas, Berlusconi n'est rien sans les médias grand public qu'il contrôle : Comme l'analyse Pierre Musso, professeur de sciences de la communication à l'université Rennes-II dans un article paru dans le Monde, le président du conseil a les moyens de mettre son personnage politique en scène en mélangeant compassion devant les victimes du tremblement de terre d'Aquilia et discours coup de point. Suivre la vie de Silvio Berlusconi c'est suivre le plus rebondissant et le plus politiquement incorrect des feuilletons.
Conclusion
Au final et depuis son arrivée au pouvoir dans les années 90, Silvio a réussi par sa personnalité et son ambition à devenir le centre de gravité de la vie politique italienne. Son omniprésence médiatique conjuguée à une absence de contre pouvoir valable et à une relation quasi fusionnelle avec une majorité d'Italiens font de lui l'élément central de la vie publique. Quand les Italiens vont aux urnes, ils ne votent pas pour choisir une orientation politique mais pour décider si le président du conseil doit poursuivre ou pas son aventure. Peu importent ses frasques sexuelles ou ses problèmes juridiques, il est le personnage d'un « plus belle la vie » réel : on trouve ça nul mais on ne peut pas s'empêcher de regarder.
Docjones
La bio de Silvio sur Wikipédia