Les conflits opposant Israël et les palestiniens c'est un peu comme Plus belle la vie. L'intrigue est complexe et ça n'en finit jamais. Qui a commencé à embêter l'autre ? Pourquoi ? Vont-ils aller au coin sans goutter ? Tant de questions pour une guerre qui a fait 1300 victimes. Allez, zou ! Un déchiffrage express.
"Plomb durci" dans ton c...
Officiellement, la guerre a commencé le 27 décembre 2008 avec le lancement de l'opération israélienne « plomb durci ». Un nom de code qui ressemble à un titre de film d'action des années Reagan et qui symbolise bien la volonté d'Israël de marquer les esprits. Mission réussie de ce côté-là, puisque l'opération est aussi meurtrière que la célèbre « guerre des 6 jours » avec 1330 morts et 5450 blessés, principalement des civils et des enfants, selon un bilan des services médicaux palestiniens. Côté Israélien on compte 10 militaires et 3 civils morts. Trois semaines de bombardements plus tard, l'offensive a pris officiellement fin le 19 janvier. Tout ça pourquoi ?
Au commencement
Le 19 juin 2008 était signée une trêve entre Israël et le Hamas. Mais l'assassinat de trois membres du bras armé du Hamas, les Brigades Ezzedine al-Qassam, par l'armée Israélienne relance le conflit le 24 décembre. Plus de 70 roquettes sont envoyées dans les environs de Sderot et d'Ashkelon. Rarement meurtriers, ces tirs de roquettes ont pour but d'effrayer la population et de la maintenir dans un climat de peur et d'insécurité constant. D'après la presse Israélienne, ces tirs de roquettes faisaient partie d'une stratégie du Hamas pour forcer Israël à renégocier la trêve et peut-être permettre une levée du blocus. Manifestement cette stratégie n'était pas la bonne.
Pourquoi Israël a-t-il mené cette guerre ?
Officiellement, le but de cette guerre était de faire cesser les bombardements à la roquette menés par le Hamas depuis la bande de Gaza. Mais la difficulté d'une telle mission fait paraître l'objectif irréalisable. En effet, pour empêcher Le Hamas de tirer ses roquettes, il faudrait réinvestir le moindre kilomètre carré du territoire palestinien. Il ne s'agit pas non plus de détruire le Hamas. Les assassinats ciblés de leaders menés par Israël ont montré que le mouvement puisait sa force dans les martyrs. Plus on lui rentre dedans et plus il est politiquement fort.
Officieusement Il s'agit d'affaiblir le mouvement Islamique et de montrer que l'on ne balance pas des roquettes impunément sur Israël. Cette intervention disproportionnée et violente serait même l'occasion de redorer le blason de Tsahal (l'armée israélienne) depuis sa défaite libanaise il y a deux ans. Comme le dit Mark Heller, un expert en stratégie Israélien, "Aujourd'hui, la région regorge de rhétorique agressive qualifiant Israël de tigre de papier. Cette opération est une tentative de rétablir le sentiment selon lequel si vous menacez ou si vous attaquez Israël, vous en payerez un prix disproportionné"
L'autre objectif était de détruire les tunnels existant à la frontière en Gaza et l'Egypte. Le territoire étant bouclé depuis 2007 (la prise de pouvoir du Hamas), ces tunnels permettaient de faire entrer vivres, eau, médicaments mais aussi des armes et des explosifs nécessaires à la confection de roquettes Qassam.
D'un point de vue politique, cette guerre intervient un mois avant les prochaines élections israéliennes. Le Premier ministre par interim Tzipi Livni et le vice Premier ministre (et ministre de la Défense) Ehoud Barrack ont montré à leur électeurs qu'ils n'avaient pas peur de mettre une grosse baffe aux palestiniens.
Qui est le Hamas ?
Le Hamas est un mouvement islamique crée en 1987 et issus des frères musulmans égyptiens. Anti-laïque et voulant fonder un état sur la Charia, le Hamas n'est pas une organisation au sens de l'humour exacerbé. La preuve : il prône la non reconnaissance et la destruction d'Israël dans ses statuts. Sa branche armée, les brigades Izz al-Din al-Qassam, est responsable d'attentats suicides puis de tirs de roquettes, à partir de 2006. Ces actions font qu'il est considéré comme un groupe terroriste par les USA et l'Europe. Sa vision n'est cependant pas monolithique puisque certains de ses leaders comme Khaled Machaal ont reconnu le droit d'existence d'Israël du bout des lèvres.
Le mouvement a su se faire aimer de la population palestinienne en montant des hôpitaux et des écoles. De plus, il s'oppose au Fatah, autre grand parti, favorable à des négociations avec Israël mais jugé corrompu. En 2006, Le Hamas gagne les élections parlementaires et prend le pouvoir. Résultat : coupure des aides internationales et reprise des assassinats ciblés de la part d'Israël. Après une brusque montée de tension entre les deux partis palestiniens, une guerre civile éclate à Gaza. Le Fatah est renvoyé en Cisjordanie tandis que le Hamas prend le pouvoir à Gaza. L'autorité Palestinienne est coupée en deux et devient inaudible.

Qui est derrière le Hamas ?
Officiellement personne. Mais les réfugiés palestiniens (plus de 4 millions de personnes dans tout le Proche-Orient) mettent la main au portefeuille. On a aussi beaucoup évoqué le rôle de l'Iran dans ce conflit. Il financerait le Hamas et profiterait de cette guerre pour asseoir sa popularité dans la rue arabe en tant que grand opposant à Israël. A l'occasion du 30eme anniversaire de la révolution iranienne le président Akbar Hachémi Rafsandjani a d'ailleurs rapellé cette implication : "les habitants de Gaza et le Hezbollah (libanais) ont défait l'armée du régime sioniste grâce à l'influence effective de l'Iran". Alors, coup de bluff ou réalité ? On n'en sait rien pour le moment Cette théorie reste quand même contestée par manque de preuve de financement direct.
Israël a-t-il commis des crimes de guerre ?
La réponse est clairement oui. Ce n'est pas moi qui le dit mais Richard Falk, rapporteur spécial de l'ONU pour les palestiniens. "Les preuves de violations des règles fondamentales du droit international humanitaire sont si accablantes qu'elles doivent faire l'objet d'une enquête internationale indépendante" a-t-il déclaré. De son côté, Israël fait « non non » de la tête, en jurant que le droit international a été respecté.
On retiendra cependant l'utilisation de bombes au phosphore blanc sur un territoire densément peuplé. Le produit chimique contenu dans les engins se consume au contact de l'oxygène et provoque de nombreuses brûlures et des lésions pulmonaires. Autres problèmes : l'interdiction des reporters de guerre sur place, la destruction d'hôpitaux et d'écoles de l'Unrwa, le non respect des trêves humanitaires et surtout, la protection juridique promise par l'Etat à tous ses soldats. Même si Israël accuse le Hamas d'avoir favorisé les combats près des zones civiles, un malaise certain commence à poindre.
Reste que les poursuites judiciaires envers Israël sont peu probables, pour de multiples raisons. « La Cour pénale internationale qui juge ce genre de crimes n'est pas compétente car la Palestine n'est pas un Etat constitué » explique Abir Taleb sur le site France Palestine Solidarité. De plus, la CPI a besoin d'une résolution de l'ONU pour pouvoir poursuivre Israël. Les Etats-Unis peuvent mettre leur véto pour protéger leurs alliés.
Et maintenant la paix ?
Les chances de voir les Israéliens et les Palestiniens s'asseoir autour d'une table dans la quinzaine pour manger une bonne choucroute sont plutôt minces. D'abord parce que la choucroute ce n'est pas très Cacher / Hallal et ensuite parce que les négociations pour la paix sont au point mort. Deux semaines après la fin de la guerre, le Hamas a repris ses tirs de roquettes et Israël menace de nouveau de mettre une branlée à la population Gazaouie tout en continuant le bombardement des nouveaux tunnels à la frontière Egyptienne.
Seule une volonté forte de la part de la nouvelle présidence américaine ou bien le résultat des élections israéliennes peuvent faire changer la donne. Affaire à suivre.
Docjones
Crédit photo : Amir Farshad Ebrahimi
Comme je le disais, l'affaire est à suivre... Sur Comprendre l'actu bien sûr.