Trois petits tours et puis s'en va. Après avoir fait les gros titres de la presse pendant un mois, le conflit du Nord-Kivu est retombé dans l'oubli. La faute à une actualité toujours galopante qui laisse plus de place à l'énumération des faits qu'à l'analyse. Chez nous à Comprendre l'actu, on aime prendre du recul (on est des gros rebelles). Le plus important est que vous captiez ce qui se passe là-bas. Vous êtes prêt ?
Remonter à l'origine du conflit serait un peu présomptueux. Sans aller jusqu'à la décolonisation on va se contenter d'un bref récapitulatif des événements récents.
Le 9 décembre, Le chef du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) Laurent Nkunda a rencontré à Nairobi, une délégation gouvernementale. Cette rencontre avait pour but de formaliser un cessez-le-feu qui pourrait mettre fin à trois mois d'affrontements dans le Nord-Kivu. Cette mini guerre a déjà fait 250.000 déplacés et tue encore jusqu'à 1.500 personnes par jour (chiffres de l'ONG IRC qui concerne l'intégralité du pays).
Trois mois de guerre
Tout a commencé le 28 août dernier quand Laurent Nkunda a lancé une attaque près de la vile de Rutshuru. Les troupes de cette minorité Tutsi avaient l'habitude de jouer au chat et à la souris avec les forces armées du président congolais Joseph Kabila. Mais il s'agit du plus gros clash depuis les pourparlers de Goma qui se sont déroulés en janvier 2008. Des combats ont éclaté tout près de la frontière du Rwanda, dans l'extrémité sud de la région du Nord-Kivu. Même s'ils sont de faible ampleur, ces affrontements ont tourné à l'avantage de la CNDP pour plusieurs raisons. L'armée congolaise est en piteux état et absolument pas motivée pour combattre. De leur coté, les combattants de Laurent Nkunda sont financés et armés par le Rwanda voisin (on y reviendra) et ils n'ont rien à perdre.
Après une série de rencontres menée par l'envoyé spécial de l'ONU, Olusegun Obasanjo, et le médiateur de l'Union Africaine, Benjamin Mkapa, un cessez-le-feu précaire et relativement stable a enfin pu se mettre en place. Malgré cela, la région risque de s'enflammer à tout moment. Pourquoi ?
Pour comprendre, il faut d'abord prendre en compte le fait que les pays d'Afrique centrale dont il est question (Congo, Rwanda…) sont composés d'une foultitude de groupes ethniques dont la localisation ne respecte pas toujours les frontières officielles. Donc forcément, ça castagne sévère.
Le CNDP : les fouteurs de merde
Les combattants du CNDP représentent l'une de ces communautés ethniques congolaises : Les Tutsis. Cette minorité ethnique a été victime d'un génocide perpétré par les Hutus, au Rwanda, en 1994. Attention toutefois à ne pas faire de confusion : Les Tutsis du CNDP ne sont pas Rwandais mais bien congolais.
Dirigée par Laurent Nkunda, cette communauté cherche à améliorer sa représentativité auprès du pouvoir central et à accéder à plus de ressources. C'est un peu comme si les Corses demandaient une délégation représentative au sein du Gouvernement français. Voilà pourquoi Laurent Nkunda n'a de cesse de demander des négociations avec le président Joseph Kabila. Une rencontre au sommet équivaudrait à une victoire politique donc ce dernier la lui refuse. De ce fait, la rencontre de Nairobi est une sorte de compromis.
Le Rwanda : les commanditaires ?
La question de la représentativité des Tutsis n'est pas la seule cause de cette guerre. D'après l'analyse de Pierre, une personne qui a travaillé plusieurs années au Congo et souhaitant garder l'anonymat, le Rwanda n'est pas étranger dans ce conflit. « Ce pays ressent le besoin d'étendre ses frontières, un peu comme l'Allemagne avant la seconde guerre mondiale. » indique-t-il. « Ce sont les ressources abondantes du Nord Kivu qui l'intéresse. »
Cependant, le Rwanda ne veut pas envahir le Congo. Prendre le pouvoir à Kinshasa (la capitale de la RDC) n'a aucun intérêt.
C'est ici qu'entre en scène Laurent Nkunda : le Rwanda va l'armer, lui donner de l'argent pour qu'il puisse mener sa guéguerre dans la région. « Le but et de rendre la zone instable, mais pas trop pour éviter que la communauté internationale ne se réveille et décide d'intervenir sérieusement » indique Pierre. Une fois la région déstabilisée, le Rwanda peut la piller plus facilement. Bien évidement le Rwanda déclare n'avoir rien à voir avec le CNDP.
Une autre cause du conflit prend ses racines dans l'histoire. Rappelez-vous, les Tutsis ont été les victimes d'un effroyable génocide perpétré par les dignitaires Hutus, du 6 avril au 4 juillet 1994. Le pouvoir Rwandais actuel voudrait traduire les auteurs de ce massacre devant la justice. Il vise particulièrement la FDLR (ou Forces démocratiques de libération du Rwanda) qui regroupent essentiellement des Hutus et des soldats des anciennes Forces armées du pays. Cette milice s'apparente plus à des gangsters racketteurs qui continuent de piller la région du Nord-Kivu. « Le pouvoir Rwandais dit que le problème du CNDP se résorberait de lui même si on lui livre les responsables du génocide », explique Pierre. De là à comprendre qui sont derrière eux...
Et la MONUC dans tout ça ?
On a tendance à l'oublier, mais l'ONU est déjà sur place depuis un bon bout de temps. la Mission de l'Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo ou MONUC est une force d'interposition mise en place en 1999 alors que le pays était totalement déstructuré. Sa mission est de protéger la population. Pour cela les casques bleus ont la possibilité d'utiliser la force, ce qui est très rare dans une mission de ce type.
Pourtant, la MONUC est taxée d'immobilisme ou d'impuissance par la population. Une accusation infondée pour Pierre qui indique que cette mission composée de 17.000 soldats et dotée d'un budget d'un milliard de dollars par an n'a tout simplement pas assez de moyens. « A titre de comparaison », déclare-t-il, « les USA dépensent cette même somme en quelques jours en Irak. » Mais, selon lui, elle reste « l'institution qui a sauvé le plus de vies au Congo dans la dernière décennie ».
Reste que les casques bleus ne peuvent pas faire de renseignements et sont énormément contraints par leur mandat. Et ce n'est pas l'envoi de 3.000 hommes supplémentaires qui risque de changer la donne.
Alors au final, quel règlement possible ?
Causes multiples = solutions multiples. On peut miser sur d'éventuelles négociations directes entre Laurent Nkunda et le gouvernement congolais. Mais si jamais l'État de la RDC lui donne raison, Il risque de voir d'autres groupes vouloir en faire de même. Le pays risquerait de se disloquer complètement.
L'envoi d'une force d'interposition crédible reste pour le moment la seule solution envisageable d'après Pierre. « La résolution du conflit est plus une question de volonté que de capacité. Le mieux serait d'avoir l'intervention d'une armée nationale, sous mandat du conseil de sécurité. comme la force Licorne en Côte d'Ivoire, ou bien la mission Artemis à Bunia en 2003. »
Qui est prêt à envoyer ses troupes dans une autre guerre lève le doigt ! Personne ?
Une carte interactive pour comprendre le déroulement des affrontements
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Docjones
Photo de sokaris73