Le cynisme au service du polar, super idée. Surtout si c'est le maître actuel de cet art mordant de la rhétorique qui l'utilise. Voici donc « Tout est sous contrôle » de Hugh Laurie. Oui, quand Dr. House ne tient pas le scalpel, il tient la plume. Et la personne aux deux personnes devient écrivain. Malin.
Le polar humoristique est un genre sous-estimé. On se prend alors à rêver d'une enquête poilante signée Patrick Sébastien, « Ah si tu pouvais fermer... la porte ». Que nenni mon bon. Les blagues au ras de la salle de jeux seraient trop ésotériques pour les fans de série noire. Non, il faut de la blague évoluée, chic et sport. Et voilà qu'entre en piste l'ironie british de Hugh Laurie, génial papa rêveur de Stuart Little, et accessoirement interprète de Dr. House (l'un étant plus inquiétant que l'autre).
Action. Thomas Lang est un enquêteur à la petite semaine. Grognon, fainéant, fauché, c'est surtout un type bien quoi qu'en pensent ceux qui l'entourent. Engagé pour tuer un homme d'affaires, il ne trouve rien de mieux que d'aller prévenir sa potentielle victime. Problème, le ministère de la défense lui tombe dessus et a du mal à gober son histoire de contrat caduc. Problème bis, la fille du futur mort lui propose de déjouer avec elle et son papounet un complot mondial. La routine quoi. Hélicoptères de combat, mafia russe, trafic de drogue et amour vache parsèment le chemin abrupt de Thomas. Lui n'a qu'un but, que tout le monde lui lâche enfin la grappe.
L'enquête en elle-même n'est pas méga over fraîche. Ce qui l'est en revanche, c'est bien le style uppercut des dialogues et la mauvaise foi du personnage central. Répliques et vannes glissent de la bouche du héros plus vite qu'un pet sur une toile cirée. L'esprit anglais mordant du médecin à la canne frappe juste. À la lecture, on entend presque la voix mal embouchée de House himself. À croire que Hugh Laurie a fait de son double télévisuel une véritable extension de lui (ou l'inverse). Son double de papier ne fait que confirmer.
Passé les premières pages, le concept de départ oppresse un tantinet. La verve narquoise systématique de Thomas fatigue, comme nous fatiguerait un type toujours planqué derrière ses blagounettes à la machine à café. Malgré tout, Hugh Laurie touche avec ce mec maladroit et orgueilleux. Syndrome du bon pote, pas du bon flic. C'est déjà bien. Ce bouquin prouve que l'on peut sourire dans le polar. Pas besoin de crimes dégueulasses et de litres de sang. Quoi que les deux ensemble puissent être cool (« Ma voisine s'est fait étriper. Et dire qu'elle n'aimait pas Abba ! Hi Hi ! »).
« The Gun seller », titre original du livre, a déjà été acheté par les studios MGM. Écrit en 1996, « Tout est sous contrôle » vient seulement de sortir chez nous le 29 janvier dernier, à cause (ou grâce ?) au succès de la série médicale US. Résultat : un polar sympathique pour poireauter dans une salle d'attente le sourire aux lèvres. Ce qui n'arrive pas souvent finalement.
Pruine
Tout est sous contrôle (The Gun seller), de Hugh Laurie.
Broché ed. Sonatine, le 29 janv. 2009, 400 p.