« Les comics, c'est pour les gamins qui aiment les hommes en costumes bariolés », n'a de cesse de vous répéter votre oncle Jean-Guy. « Oui, mais pas que » pouvez-vous lui répondre après avoir lu Watchmen. Alors que l'adaptation ciné vient de sortir, penchons-nous sur cette œuvre qui est considérée comme l'une des fondations de la culture geek.
Allan Moore et Dave Gibbons sont des petits rigolos. Plutôt que de perpétuer le concept du super héros en collants, les deux lascars ont décidé de s'affranchir des codes pour réinventer le mythe même du héros. Finis les gentils petits mutants à la morale proprette. Ici on a le droit à des sociopathes inhumains, des extrémistes quasi nazis, des demi-dieux ou bien des impuissants bedonnants. Rien que ça. Ceux qui s'attendent à retrouver une nouvelle aventure de X men ou de Spiderman seront extrêmement déçus puisque le principe même de Watchmen est de raconter une histoire d'antis super héros.
Pour la petite histoire, le Comédien, un super héros vétéran, se fait assassiner. Persuadé d'avoir à faire à un tueur de « masques », le très radical Rorschach décide d'enquêter sur fond de complot et de guerre pas si froide que ça. Pour cela, il réunit l'ancienne équipe de Watchmen, un groupe de héros costumés à la retraite forcée depuis une loi leur interdisant toute activité. A travers cette enquête le lecteur va assister à une mise en abîme du principe même de super héros.
Niveau construction du comics, les plus flemmards seront désappointés. L'intégralité des 12 épisodes forme un pavé impressionnant donnant la part belle aux réflexions métaphysiques des personnages. Comprenez ici qu'il s'agit d'une BD bavarde qui ne comporte pas beaucoup de scènes d'action. D'autres reprocheront aussi le style graphique qui semble avoir pris un coup de vieux mais bon on parle d'un comics qui date des années 80'.
Monument geek
Voilà pour les griefs, passons au vif du sujet. Watchmen est un monument littéraire. Sans reprendre l'expression de « roman graphique » (qui ressemble plus à un argument marketing), ce comics a de quoi impressionner. La moindre case est étudiée pour apporter un message. Le nombre de niveaux de lecture et d'interprétations possibles de l'histoire est impressionnant. Après trois ou quatre lectures, on continue à découvrir des choses, des sens cachés ou des pépites disséminées par les auteurs. Pour vous donner un exemple, la partie consacrée à l'histoire de Rorschach est construite comme un palindrome. Le début et la fin de son histoire sont symétriques tant dans la construction que dans les dessins. Tout ça pour illustrer la psychologie sans nuance du personnage arborant un masque dont les formes évoquent les taches symétriques de Rorschach.
Vous en voulez plus ? Les auteurs ont intercalé une histoire de pirates (lue par un des personnages secondaires). Chaque phrase de cette histoire parallèle fait référence aux éléments graphiques du comics et peut s'apparenter à une sorte de seconde voix de narration.
L'histoire elle-même est à tiroir, revenant sans cesse en arrière avec des flashs back éclairant le point de vue de chaque protagoniste (on sent bien que JJ Abraham s'en est inspiré pour Lost). Le risque est que les plus impatients d'entre vous en auront peut-être marre, mais le principe de cette œuvre est qu'elle se dévoile aux lecteurs les plus assidus.
Et le film alors ?
Au risque de m'attirer les foudres des fans monomaniaques, le film est une très bonne adaptation de la BD. Bien évidement, il ne faut pas s'attendre à voir un respect total est scrupuleux du travail d'Allan Moore. Mais le père Snyder, déjà aux mannettes de 300, réussit à donner vie à l'univers uchronique si particulier de Watchmen. L'esprit de la BD est très bien respecté et l'on y retrouve les principales thématiques qui sont la fin du monde, la paix et la guerre, la question de temps qui s'écoule ou encore les motivations des héros costumés.
L'esthétique du film est très classe sans être tape à l'œil et les ralentis, qui sont la marque de fabrique du réalisateur, sont moins nombreux et mieux exploités que dans sa précédente adaptation. Pour ce qui est de la BO, il y a à boire et à manger avec de la bonne et de la mauvaise reprise des gros titres des années 70', 80'.
On se réjouira cependant du ton plus que mature que prend le film avec ses partis pris osés comme les scènes (très) gores ou encore le « troisième mollet » du doc Manhattan qui fait déjà couler beaucoup d'encre...
A noter toutefois que l'appréciation du film peut dépendre du fait que vous ayez déjà lu la bande dessinée ou pas. Pour les non initiés, gardez à l'esprit que l'on est très très loin d'un film du type « Les 4 fantastiques ».
Watchmen
Une BD qu'elle est cool éditée chez DC comics (Panini en France)
Entre 15 et 30 euros l'intégrale
C'est aussi un Film de Zack "Spartaaaaaaaa" Snyder
Docjones