Prenez un jeune rappeur, des débuts prometteurs, un album salué à sa sortie et une sympathique polémique, vous obtenez un débat mou du genou, mais surtout un super coup de pub.
OrelSan, jeune homme de 26 ans vivant à Caen, a décidé de faire carrière dans le rap. Son originalité est qu'il vient de province et qu'il chante son décor sans excès et avec humour. Son premier album « Perdu d'avance » est sorti le 26 février. La presse, alors bonne copine, en a fait son coup de coeur du début d'année. Tu m'étonnes, un p'tit gars à l'accent normand décrivant sa ville cafardeuse, ses journées en bois et ses soirées lose, et hop voilà l'Eminem français. Le White Trash a son digne descendant qui sent le déo sous les bras.
Surprise, le gentil rappeur du nord a un passé de galérien du rap. La tendance Eminem parfumé à la testostérone se confirme trop. Avant les textes lucides et décalés, OrelSan affectionnait les rimes qui tachent et le côté grande gueule façon ghetto. Internet l'a trahi et ses oeuvres de jeunesse sont ressorties, comme le très lyrique « Sale pute » ou le guilleret « J'aime pas la saint Valentin ».
Vieux de deux ans, ces subtiles morceaux, disponibles uniquement sur le web, étaient des messages provoc' pour se faire un nom dans le milieu macho et fermé du rap. En 2007, les deux clips vidéo créent un joli petit buzz. Le nom d'OrelSan commence même à circuler, mais bizarrement aucune polémique à l'horizon.
Hip-hop et hypocrite
Aucune de ces deux chansons bas du front ne figurent sur « Perdu d'avance », album encensé il y a quelques jours encore. La polémique a deux ans de retard, mais pas moins de mordant. Orelsan est déprogrammé du festival des Nuits Botaniques à Bruxelles. Coup dur pour un artiste débutant. Des personnalités politiques, qui se réveillent toujours à temps pour un débat hyper important, s'insurgent contre le texte de « Sale Pute ». Christine Albanel y voit une « incitation à la violence contre les femmes », Valérie Létard, secrétaire d'Etat à la solidarité, a expressément demandé aux dirigeants de Youtube et Dailymotion de « retirer le clip incriminé ». Sans oublier Marie Georges Buffet qui a poussé les organisateurs du Printemps de Bourges à retirer l'artiste de la programmation ou encore l'association Ni Putes Ni soumises, qu'a saisi l'occase de faire parler à nouveau d'elle.
Beaucoup de bruit pour rien finalement. Le rappeur de Caen sera bien au Printemps de Bourges, puisque les deux morceaux qui remuent la bonne conscience politique et médiatique ne font plus partie de son univers. Seul changement notable, tout le monde sait qui est OrelSan aujourd'hui.
Au fait, Johnny il nous incitait pas à tout brûler en 1998 ?
Pruine
le clip en question, ode au bon goût :
Le clip de Changement, qui n'est pas dans la polémique mais qui est vachement bien !