On savait que le genre post apocalyptique avait été remis au goût du jour grâce à la vague de films sur les zombies. Cependant voilà bien longtemps que le genre n'avait pas été évoqué dans sa forme la plus adulte, la plus réaliste et la plus sombre. "La route" est réservée aux fans hardcore du genre.
Le film est tiré du livre américain « The road » écrit par Cormac McCarthy et récompensé de multiples fois notamment par le prix Pulitzer de la fiction. N'ayant pas lu le livre, je suis bien incapable de vous dire si l'adaptation est fidèle. Reste que le film est une belle réussite. L'histoire est ce qu'il y a de plus simple : après une catastrophe dont on ne sait rien, la Terre semble plongée dans un hiver perpétuel aux effets ravageurs sur la nature. Dix ans plus tard, un homme et son fils, dont on ne connaît pas les noms, descendent vers le Sud dans l'espoir de trouver un endroit plus habitable.
L'humanité survit-elle à la fin du monde ?
Ceux qui s'attendent à une nouvelle histoire de science fiction pourront être déçus. Oubliez les gentils tueurs de morts-vivants de Zombiland ou les mutants en 3D du très moyen « je suis une légende ». « La route » est autrement plus réaliste et plus effrayant. Viggo Mortensen et Kodi Smit-McPhee forment un tandem attachant auquel on s'identifie sans problème. Ils évoluent dans des décors hallucinants représentant une nature morte, peuplée d'arbres sans feuilles et de ruines pourries. Non seulement le duo doit gérer un quotidien de vagabonds crasseux et affamés, mais il doit aussi échapper à des gangs armés poussés au cannibalisme par la faim. Contrairement aux héros de base, le père n'est pas armé jusqu'aux dents et, s'il possède un pistolet, il garde précieusement les deux dernières balles pour lui et son fils. Bref on souffre avec eux et on se sent impliqué dans leur voyage, une chose de plus en plus rare dans les productions actuelles.
Au-delà du récit d'une survie périlleuse, le film permet au spectateur d'utiliser son cerveau et de s'interroger sur la perte de l'humanité. Dans un monde où l'Homme devient un loup pour l'Homme, le père fait tout pour protéger son fils quitte à perdre toujours un peu plus son âme. Aux scènes d'action succèdent des dialogues empreints de questions métaphysiques sur le bien (l'enfant et sa générosité) et le mal (les groupes de cannibales). Ces questionnements pourraient facilement faire grogner mais heureusement, ils sonnent toujours juste. On comprend alors que, dans un monde dévasté, le seul héritage que ce père peut offrir à son fils s'avère être la conservation de son humanité.
« La route »
Un film de John Hillcoat.
Avec Viggo Mortensen, Kodi Smit-McPhee, Robert Duvall.
Docjones