Pourquoi Wes Craven n’ira pas voir le remake des Griffes de la nuit


Publié le 13-04-2010 avec les tags : , ,

Pourquoi Wes Craven n’ira pas voir le remake des Griffes de la nuit

À l'occasion de la sortie du remake des Griffes de la nuit, retour sur la création d'un des vilains les plus marquants de l'histoire du cinéma : Freddy Krueger.


Alors que la sortie du remake des griffes de la nuit approche à grands pas, Wes Craven est ressorti de la nuit pour protester contre la réécriture d'une de ses œuvres les plus personnelles. Lors d'une interview donnée au site IGN, le réalisateur avouait que l'idée de voir son bébé être refait sans qu'il aie son mot à dire lui faisait vraiment mal. « c'est douloureux d'y penser car c'est le film que je préfère. » Pourquoi tant de ressentiment pour un simple remake ? 

 
Une création plus que personnelle
Avec son Fedora solidement fixé sur sa tête, son pull rayé vert et rouge et ses griffes d'acier, Freddy Krueger est devenu une icône du cinéma d'horreur dès sa première apparition. Ce personnage culte interprété par Robert Englung pendant 8 opus est sans doute la création la plus ingénieuse de son concepteur Wes Craven. L'implication de ce dernier dans la création du personnage est extrêmement personnelle et c'est en connaissant mieux sa genèse que l'on se rend compte à quel point il a dû être difficile pour le réalisateur de voir sa créature lui échapper.
 
En 1984, le jeune réalisateur de La dernière maison sur la gauche tombe sur une série d'articles du L.A Times évoquant l'histoire de deux adolescents qui sont morts dans leur sommeil à 6 mois d'intervalle. D'après les témoignages des parents, ces jeunes garçons avaient tenté de lutter contre le sommeil pendant plusieurs jours à cause de cauchemars particulièrement violents. L'idée de pouvoir mourir à cause de ses rêves va fasciner Wes Craven au point de d'écrire un script pour un projet de film. Afin de façonner le personnage qui doit personnaliser le mauvais rêve, le réalisateur va alors puiser dans ses souvenirs d'enfance. « Quand  j'avais une dizaine d'années, je fus réveillé par un vagabond au look glauque, fouillant les poubelles de mon immeuble », raconte-t-il à Brian J. Robb l'auteur du livre Screams & Nightmares, The Films of Wes Craven. « Tandis que je l'observais par la fenêtre, cet homme me regarda droit dans les yeux. Terrifié, je me suis caché et j'ai compté jusqu'à cent avant de retourner à la fenêtre. Non seulement le vagabond était encore là mais en plus il continuait à regarder droit dans ma direction avec un petit sourire en coin. Il s'est ensuite dirigé vers l'entrée de l'immeuble. J'ai hurlé de terreur jusqu'à ce que mon frère descende avec une batte de baseball dans les mains et le fasse fuir. » Le personnage de Fred Krueger est né.
 
En 1980 (date d'écritrure du script) Haloween de Carpenter et Vendredi 13 de Cunningham sont déjà sortis. Afin de sortir des sentiers largement défrichés par ces deux films, Wes donne alors la touche finale à son personnage en imaginant son gant équipé de griffes. Véritable objet iconique, cette arme un peu malsaine est une référence aux peurs instinctives de l'homme. Autre idée de génie, Craven décide de ne jamais montrer sa créature en pleine lumière. En jetant un œil au script on découvre que la première scène montre la construction du fameux gant. Le réalisateur insiste sur le fait que le visage du tueur ne doit pas être montré. On ne voit que ses mains et l'on n'entend que son souffle et ses ricanements.  Plus tard dans le film, son visage de grand brûlé est encore plus inquiétant quand il est filmé dans l'ombre, comme un fantôme hantant les rêves de ses victimes. Plus qu'un simple tueur, Freddy Krueger devient une véritable incarnation maléfique, créée par l'acte revanchard des parents qui l'ont brûlé. Dans ce sens, le réalisateur est parfaitement secondé par Robert Englund qui décide lui aussi d'en finir avec l'image d'Epinal du tueur de cinéma. Plutôt que d'en faire un monolithe avançant en ligne droite, il fait déplacer son personnage de façon fluide, presque dansante tandis que sous les couches de latex, son regard de croque mitaine oscille entre l'oncle pervers et la pure colère. 
 
La deuxième explication à la colère de Wes Craven provient de l'exploitation quelque peu abusive de son concept et personnage. Pendant 3 ans, le réalisateur tente de vendre son idée géniale aux studios, mais aucun producteur ne croit à son histoire de tueur sévissant dans les rêves. Seul Robert Shaye, directeur de la très fauché New Line, décide de surfer sur la mode des slashers pour remettre sa boîte à flot et donne sa chance à Wes Craven. Avec un budget ridicule s'élevant à 1, 8 million de dollars, le film devient immédiatement un succès critique et commercial avec 2 récompenses gagnées à Avoriaz et une recette de 25 millions de dollars. 
 
De quoi redonner le sourire au producteur qui avait prévu le coup en arrachant à Wes Craven une fin parfaitement ridicule mais laissant le champ libre à une tripotée de suites. De son côté, le réalisateur n'avait jamais eu la volonté de donner une seconde vie à son méchant mais fut toutefois contraint de faire dans le compromis, face au seul producteur qui avait bien voulu de lui. Totalement fauché à l'époque, Wes Craven avait vendu tous ses droits à la New Line, donnant ainsi au studio le feu vert pour exploiter ses idées. Le script d'une suite est écrit par David Chaskin, qui ne semble pas vraiment avoir saisi le concept de Wes Craven puisqu'il fait intervenir Freddy dans la réalité. Face à cette trahison, Craven laisse la place de la direction à Jack Sholder qui pondra Freddy's revenge, le pire épisode de la franchise (on se souviendra longtemps de l'attaque du perroquet maléfique) tout en rapportant la coquette somme de 30 millions de dollars. 
 
 
 
Ne voulant pas partir du pays des rêves dans lequel Freddy ressemble plus à une vache à lait ultra productive, la New line revient alors vers Wes Craven pour un troisième épisode. Ce dernier est indisponible pour la direction mais soufflera l'idée générale du script, à savoir une bande de jeunes ados qui vont s'entraider et apprendre à maîtriser leurs rêves pour vaincre Freddy (qui décidément est increvable). L'idée est plutôt bonne mais la New Line va alors décider d'éjecter Craven afin de réecrire le script à sa sauce. Résultat des courses : le film Dream warrior s'avère plutôt réussi mais abandonne le côté horrifique du premier opus pour s'enfoncer dans l'humour. Montré en plein lumière et étoffé d'un background plutôt accessoire, Freddy devient le véritable héros du film et une véritable icône de culture pop. 
 
Nous sommes en 1987 et le merchandising autour de ce super vilain va battre des records. Des baskets aux bandes dessinées, en passant par une série TV, des jeux vidéos et même une marque de rouleau de papier toilette, Freddy se décline à toute les sauces souvent bien ridicules comme ce rap affligeant « Are you ready for Freddy » des Fat boys, sorti à l'occasion du 5eme film en 1988.
 
Du côté de la New Line les films se succèdent jusqu'au début des années 90 avec ce qui doit être le dernier opus Freddy's dead. Le personnage toujours campé par Englund est totalement vidé de sa substance et se résume à quelques vannes foireuses et une ambiance  digne d'un train fantôme de fête foraine.
 
Cependant, les bons personnages ne meurent jamais surtout s'ils sont lucratifs. Bob Shaye invite Wes Craven à venir discuter à bâtons rompus sur l'évolution de sa création depuis près de 10 ans. Le réalisateur en repart avec un bon chèque dans une main –  résultat d'années de merchandising intensif – et la possibilité de refaire un film avec son monstre sacré dans l'autre. Il s'agira de Wes Craven's new Nightmare,  sorti en 1994 (Freddy sort de la nuit en français), un film concept d'un genre un peu particulier. En Effet Wes y règle ses comptes avec la New Line en racontant comment sa création lui a échappé. Plus méchant, plus menaçant et moins clownesque, Freddy opère un retour aux sources et semble gagner sa propre vie, libéré de l'acteur qui l'incarne et se retrouvant crédité au générique par un superbe « himself ». De ce point de vue Craven considérera cet épisode comme son propre point final à la saga même s'il sait pertinemment que la New line projette de filmer un cross over avec Jason (projet qui aboutira finalement dans les mains de Ronny Yu en 2003). 
 
Au final, la New Line a vendu les droits de Nightmare on Elm street à Platinum Dunes, la société de production de Michael  Bay, spécialisée dans la production de remakes de films d'horreur (Massacre à la tronçonneuse, Amityville, Vendredi 13…). Interprété par Jackie Earle Haley, Freddy Krueger a non seulement échappé à son acteur fétiche mais aussi à son concepteur qui n'a plus aucun droit de regard sur sa créature. Mais finalement en a-t-il déjà été autrement ?
 
Docjones

 





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Date de publication : 13-04-2010   Tags associés : , ,

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