Les comédies musicales à la papa sont décédées quand le spectacle d'Hedwig est né. Pas le fichier, mais la fichue garce mi-homme, mi-femme et mi-rock mytho (hu hu). Tiré d'un film culte et tiré tout court, Hedwig and The angry inch est enfin à Paris, au Sentier des halles.
Le rock a engendré des créatures. Ziggy Stardust / Bowie, le lézard Iggy, l'éphémère Janis, etc. Puis il y a eu Hedwig. Né Hansel, ce petit garçon grandit en Allemagne de l'Est, mal-aimé. Une rencontre lui fait espérer un ailleurs et l'amour. Il se sépare alors de son corps d'homme pour fuir son pays encore divisé par le mur. Hedwig est un personnage coupé en deux comme sa terre d'origine. Le rock des idoles déjantées sera son mode d'expression.
La folie créatrice, le besoin d'aller au-delà des choses matérielles, c'est tout ça dont parle John Cameron Mitchell avec son personnage imaginaire Hedwig. D'abord show musical à Broadway en 1998, il revient en 2001, sous le forme d'un film grandiloquent et intime, primé à Sundance et à Deauville. Exubérante, excentrique, joyeusement tourmentée comme sa diva, l'extension scénique d'un transgenre est le symbole glam' de ceux qui ne sont pas au bon endroit, au bon moment. Paillettes méritées pour récit à l'humour dark. Garçon, fille, entre les deux ou ni l'un ni l'autre, ces êtres esseulés parce qu'ils ne ressemblent qu'à eux, inspirent Mitchell. En 2006, il revient aux personnages borderlines avec Shortbus, un film à nouveau drôle et poétique qui parle de sexe torturé.
Petite troupe pour grand spectacle
Pour Hedwig And the angry inch, les droits de représentations en public sont libres depuis peu. Joie dans la communauté toujours grandissante des fans, appelés « HedHeads » (en références aux « Dead-heads » ou fans des Grateful Dead). La production amateur du spectacle est désormais autorisée. Comme pour le Rocky Horror picture show, ce sont des passionnés du monde entier qui s'attribuent l'histoire rythmée de la star ambiguë.
À Paris, il a fallu attendre la fin de cet hiver, mais ça valait le coup. Le Sentier des halles et sa salle voûtée toute en pierre de taille résonnent gaiement du son festif des années 70/80's. Attention, le show est barré, émouvant et très très rock. Les costumes, maquillages, casting et musiques sont travaillés aux petits oignons. Amateurs et amoureux, l'énergie de la jeune troupe de comédiens est communicative. La fraîcheur des spectacles sans gros moyens, mais avec un coeur énorme, fait du bien et ne doit surtout pas disparaître. Alors, comme le dit justement Mathieu Bonicel, le Hedwig parisien : « si vous aimez, dites-le, faites passer le message. Ces petits spectacles n'existent que grâce à vous. » Dont acte.
Site du spectacle Hedwig and The Angry inch en France
Trailer de la pièce visible au Sentier des halles jusqu'au 28 avril 2009 :
Pruine